• Cours rédigé sur la religion

    Cours rédigé sur la religion

    QUELLE EST LA FONCTION DE LA RELIGION ?

    INTRODUCTION

     (Un très bon cours d'un ami professeur de philosophie qu'il a eu la gentillesse de mettre à notre disposition)  

       La religion est difficile à définir : est-ce la croyance en Dieu ? Non, car cela conviendrait aux religions monothéistes mais pas aux autres religions. La croyance en un seul dieu ou en plusieurs? Non plus, car certaines religions se passent de toute divinité et croient aux esprits des ancêtres morts. Même l'immortalité est un concept trop étroit pour définir le religieux, puisque le bouddhisme, par exemple, suppose que Bouddha est mort et bien mort, et même que cette mort fut une délivrance. La religion doit donc se définir en dehors de l'idée de divinité ou d'immortalité de l'âme, étant donné que certaines religions se passent de ces idées.

     Ce qui caractérise toutes les religions, explique Durkheim dans Les formes élémentaires de la vie religieuse (1912), c'est l'organisation de rites collectifs et la croyance en une distinction entre le sacré et le profane. Si le bouddhisme est une religion, au même titre que le christianisme ou l'islam, c'est parce qu'il admet des vérités saintes et déclare également saintes les pratiques qui en dérivent. Saintes, c'est-à-dire vénérables, dont l'accès exige des précautions relayant de l'initiation, de la purification, de la cérémonie, précautions qui préservent cette sainteté de toute profanation. Il est inutile de préciser le contenu du sacré et du profane, car celui-ci est très variable en fonction des religions. Il suffit d'indiquer que le rapport d'une chose sacrée à une chose profane est interdit : le sacré et le profane doivent être séparés, hétérogènes, et tout passage de l'un à l'autre implique une cérémonie ou un rite, c'est-à-dire un code d'accès. Le sacré fonctionne comme une limite, un territoire qui divise le monde en deux, et dont le franchissement est socialement réglementé. Ainsi le temple antique grec est sacré, et toute personne qui s'y réfugie en temps de guerre ne peut y être délogée par la force; de même, un animal sacré ne peut être mangé; un lien sacré est indénouable etc.

     Nous avons écrit «rites collectifs» et «socialement réglementé », car il n'y a pas de religion sans Eglise, c'est-à-dire sans «une société dont les membres sont unis parce qu'ils se représentent de la même manière le monde sacré et ses rapports avec le monde profane, et parce qu'ils traduisent cette représentation commune dans des pratiques identiques. » Ceci nous permet de distinguer le prêtre ou le gourou du magicien, qui lui a une clientèle variable et hétérogène. Même si la religion peut être pratiquée solitairement et développée dans l'intimité, c'est l'Eglise qui enseigne à l'individu comment entrer en rapport avec le sacré. Point de religion sans initiation et préceptes provenant d'une collectivité.

     Nous aboutissons à la définition durkheimienne suivante : «une religion est un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, c'est-à-dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale, appelée Eglise, tous ceux qui y adhèrent. »

     Le problème qu'on peut se poser est alors le suivant : un ordre social humain fondé sur des règles de vie peut-il se passer de religion ? La religion n'est-elle pas le moyen le plus efficace, voire le seul efficace, de garantir l'intégration de l'individu au sein d'une communauté ? Cette garantie n'est-elle pas le fondement de toute croyance religieuse ? Si la religion est le mode d'expression de toute société en tant qu'elle est unie, alors elle possède un contenu réel que la critique philosophique ou scientifique ne peut révoquer : ce contenu n'est pas la croyance en tel dieu ou tel esprit, rationnellement critiquable, mais le pouvoir de la société sur l'individu, pouvoir qui doit reposer sur des présupposés indiscutables: des lois sacrées.

     

    1-RELIGION ET VERITE

     On a pu croire que l'origine de religion résidait dans la volonté de ramener l'inconnu au connu, de se rassurer en ramenant des phénomènes naturels étrangers à la volonté de l'homme à une cause avec laquelle il peut entrer en relation par des prières et des sacrifices. Ainsi le recours aux esprits explique la sensation de voyager tout en ayant le corps immobile, pendant le rêve, et nie l'absurdité de la mort; le recours aux dieux de la pluie, du soleil, leur association avec les astres, permet de transformer le hasard capricieux d'une récolte réussie ou désastreuse en un dialogue avec des forces pourvues, comme l'homme, d'un esprit. On donne des cadeaux (offrande, sacrifice) aux dieux, on les insulte et les prive de nourriture, on leur adresse des prières et leur demande pardon. Bref, on convertit l'imposition aveugle d'une force démesurée (la nature) en un commerce en bonne intelligence. Toute religion, en ce sens, serait anthropomorphique, attribuerait un discours (par le biais de l'oracle ou du prophète) et une volonté. (par le biais du destin et de la providence) à ce qui échappe silencieusement et absurdement à nos projets: cataclysme, sommeil, maladie, famine, mort de soi et des proches etc. La religion en ce sens serait toujours une mythification. Le mythe assigne une origine fictive au monde, aux évènements naturels afin qu'ils soient expliqués. Il se distingue du conte car il donne lieu à un culte. (culte : système de rites, fêtes, cérémonies qui reviennent périodiquement)

     

     Certes, cette fonction d'explication de la nature n'est pas à négliger. Toutefois, dit Durkheim, elle n'est pas fondamentale. Si la fonction principale de la religion était d'expliquer la nature, alors on ne comprendrait pas pourquoi la religion a survécu aux avancées de la science. Comment se fait-il que le croyant continue de croire, malgré le peu d'efficacité physique de ses prières ? Une première réponse pourrait être que la religion a survécu, mais s'est effectivement transformée au contact de la science. Ainsi dans nos sociétés, l'animisme (attribuer une âme à toute chose) ou le polythéisme ont quasiment disparu au profit du monothéisme. Le monothéisme est davantage compatible avec la science, car il situe la divinité en dehors de l'espace et du temps, en dehors de toute expérimentation possible. Il n'est donc pas vérifiable ou réfutable. (cf. Popper dans le cours sur l'inconscient). De plus, le monothéisme répond aux exigences de la raison. Celle-ci a en effet besoin de tout justifier et son idéal serait de pouvoir expliquer les différents principes et lois qu'elle découvre en les synthétisant en un seul et unique principe. En professant la croyance en un seul Dieu, ce Dieu étant le Créateur du monde et de l'homme, le monothéisme fournit la cause première qui met fin à la régression à l'infini du pourquoi, il satisfait celui qui ne peut se contenter de considérer les vérités scientifiques comme des hypothèses révisables.. Toutefois, si on se demande d'où vient Dieu, ce dont ne peut s'empêcher un être qui pense dans le temps et situe tout instant entre un avant et un après, la réponse est incompréhensible: Dieu est là de toute éternité, il est causa sui, c'est-à-dire sa propre cause. Le questionnement s'arrête au profit d'une énigme transformée en certitude par la foi. Un être rationnel ne peut penser une chose qui est sa propre cause, car le concept de cause implique l'antécédence de la cause par rapport à l'effet, bref, suppose que les évènements se situent dans le temps. La croyance en Dieu, pour irréfutable qu'elle soit, demeure irrationnelle (même chose pour la croyance en l'immortalité de l'âme: cf. le texte de Kant sur l'impossibilité de penser la mort) Cette irrationalité peut d'ailleurs être assumée par le croyant lui-même. Avoir la foi signifie s'engager dans une croyance, rut-elle irrationnelle. Alors que la croyance, au sens large, est un tenir-pour-vrai- qui se dispense inconsciemment ou provisoirement de la raison, repose sur des probabilités inductives et la confiance en ce que dit l'autre, et peut à tout moment être remise en cause par la raison, la foi est ce type de croyance particulière, qui consiste à croire, quelles que soient par ailleurs les critiques de la raison. C'est pourquoi les religions monothéistes acceptent l'existence d'interventions divines dans le cours des évènements (la révélation des intentions de Dieu par le biais de la prophétie orale ou écrite, mais aussi les miracles) existence que tout individu pourvu d'un sens critique et d'une solide culture historique ne peut que rationnellement récuser. Par là le monothéisme se montre aussi clairement irrationnel que l'animisme et relève, comme toutes les autres religions, du mythe.

     

    2-RELIGION ET SOCIETE

      

     Durkheim a donc raison: si la religion peut survivre à côté de la science, résister aux critiques de la raison, c'est que la foi n'a pas pour fonction principale d'expliquer la nature. Sur ce terrain la science l'aurait sans difficulté remplacée. Certes, la religion, en s'autorisant à donner des réponses que la science juge indémontrables, soulage l'homme du mystère d'être là. Dieu serait cette puissance bienveillante et autoritaire qui, tel un parent idéal, prendrait soin de nous et nous éduquerait. Toutefois, comment justifier alors que les premiers êtres auxquels s'adresse le culte dans les sociétés primitives que les ethnologues ont étudiées soient des canards, des lièvres, des kangourous, des émous, des lézards, des chenilles, des grenouilles? Pourquoi ces êtres si peu puissants sont-ils sacrés et vénérés? Parce qu'ils sont des totems.

     

     Le totem est un animal, une plante, un évènement climatique qui symbolise un groupe humain. Le groupe le dessine, le tatoue sur ses peaux, l'imite. Chez les tribus d'Australie centrale, le totem gravé sur la pierre s'appelle «churinga ». En tant qu'adjectif, ce terme signifie aussi «sacré ». Les churingas sont conservés dans un lieu spécial. Tout ce qui s'y trouve est considéré comme sacré. Un homme est-il poursuivi par un autre? S'il parvient jusqu'à ce lieu, il est sauvé, on ne peut l'y saisir. Le churinga a des propriétés merveilleuses: il guérit les blessures par attouchement, les maladies, il assure la reproduction de l'espèce totémique, il donne aux hommes force, courage, persévérance, il déprime, au contraire, et , affaiblit leurs ennemis (on reconnaît là les propriétés attribuées aux dieux et aux prophètes dans des religions plus tardives). Le churinga n'est pas laissé à la libre disposition des particuliers, il est placé sous le contrôle du chef de groupe. Ce pouvoir du churinga, communiqué par le dessin du totem (la mimesis étant ici magie. Cf. cours sur l'art), est une force contagieuse qui rend les objets qui le touchent sacrés. Durkheim en conclue que ce qui est sacré n'est pas tel objet ou tel animal en soi, mais cette force qui se déplace et se transmet. «Le totem n'est que la forme matérielle sous laquelle est représentée aux imaginations cette substance immatérielle, cette énergie diffuse à travers toutes sortes d'êtres hétérogènes, qui est, seule, l'objet véritable du culte.» Cette force s'appelle «maria» chez les tribus australiennes, mais on la retrouve sous d'autres noms dans les tribus d'Amérique du Nord : « wakan » chez les Sioux, « yek » chez les Tlinkit, « manitou» chez les Algonkins etc. (on ne peut s'empêcher de penser à l' «esprit saint» des chrétiens). D'où vient cette force? Selon Durkheim, elle est l'expression de la collectivité. «La force religieuse n'est que le sentiment que la collectivité inspire à ses membres, mais projeté hors des consciences qui l'éprouvent, et objectivé. Pour s'objectiver, il se fixe sur un objet qui devient ainsi sacré, mais tout objet peut jouer ce rôle. » La religion est donc le moyen par lequel une société se sacralise aux yeux de ses membres, et impose sa force aux individus. Que cette force extraordinaire ne soit que celle d'une société bien réelle, Durkheim en trouve un indice dans la psychologie de l'orateur qui devient prophète. « Voilà aussi ce qui explique l'attitude si particulière de 1 'homme qui parle à une folie, si, du moins, il est parvenu à entrer en communion avec elle. Son langage a une sorte de grandiloquence qui serait ridicule dans les circonstances ordinaires, ses gestes ont quelque chose de dominateur [...] C'est qu'il sent en lui comme une pléthore animale de forces qui le débordent et qui tendent à se répandre hors de lui; il a même parfois l'impression qu'il est dominé par une puissance morale dont il n'est que l'interprète. [...] Or ce surcroît de forces est bien réel: il lui vient du groupe même auquel il s'adresse. Les sentiments qu'il provoque par sa parole reviennent vers lui, mais grossis, amplifiés, et ils renforcent d'autant son sentiment propre. [...] Ce n'est plus un simple individu qui parle, c'est un groupe incarné et personnifié. »Pour l'auteur, les totems, les divinités ne sont que des incarnations de la société. Ce dieu débonnaire et sévère à la fois, qui nous a mis au monde, nous surveille et nous transmet des lois, c'est la société. Est sacré tout ce qui concrétise le social. Ainsi la déférence, le respect que nous avons envers les rois, les hauts personnages de l'Etat, la vénération que peuvent avoir des individus pour des personnes très célèbres (des stars) proviennent de leur «mana» social. Tout homme, toute idée, tout objet dans lequel la société s'incarne devient par cela même sacré. En ce sens, celui qui remplace sa vénération envers Dieu par celle envers l'Etat, ou Marx, ou le Rock'n roll n'est pas vraiment un athée, en tout cas demeure un esprit religieux. Dans les fêtes et les cérémonies religieuses, les concerts de musique et les stades de sport, c'est la même électricité qui se propage, la même force qui transcende l'individualité de l'individu, la surpasse et le fait accéder à un état second, un sentiment océanique où il ne fait plus qu'un avec son prochain (c'est-à-dire son voisin), avec ses frères supporters, avec l'icône qui est en face de lui ou qui cultive son mystère en n'apparaissant jamais, adorée d'être à la fois si loin et si proche. Cette idole auprès de qui l'individu n'est rien et dans laquelle pourtant il se reconnaît, c'est la société. Par conséquent, tout grand rassemblement à l'unisson produit du sacré comme l'hymne engendre le frisson : l'individu s'y sent immortel comme le groupe qui lui survivra et l'a précédé, prêt à se sacrifier pour quelque chose de plus grand que lui, grandeur dont il fait partie et jouit par procuration.

     La puissance de la religion est donc réelle car elle provient de la puissance de la société. Aucune science ne pourra mettre un terme aux effets psychiquement dopants de l'union. La religion n'est pas atteinte dans son principe par les erreurs théoriques qu'elle a pu commettre, , car elle est la forme concrète et le symbole de l'indissolubilité du lien social. Ses croyances, ses rites, ses dogmes (dogme: proposition considérée comme indiscutablement vraie par la foi) ont une origine et un effet réels. «L'Arunta [tribu australienne] qui s'est correctement trotté avec son churinga se sent plus fort; il est plus fort. S'il a mangé de la chair d'un animal. qui, tout en étant parfaitement sain, lui est pourtant interdit, il se sentira malade et pourra en mourir.» Les croyances et les rites religieux n'ont pas pour but d'exercer une contrainte physique sur des forces invisibles et d'ailleurs imaginaires tels que les esprits ou les dieux : leur échec de ce point de vue serait patent et les condamnerait à la disparition. Il s'agit «d'atteindre des consciences, de les tonifier, de les discipliner. » Une société qui reposerait sur des principes et des lois abstraits, sans en faire des objets de vénération collective serait en voie de dislocation et d'affaiblissement (l'individualisme contemporain est peut-être à ce titre un symptôme; que la religion soit une affaire privée, qu'on la choisisse comme au supermarché et l'avale comme un neuroleptique, et elle cesse ipso facto d'être une religion pour devenir un produit parmi d'autres, aucunement sacralisé et plus ou moins à la mode, comme le bouddhisme de loisirs et le new age de vacances). La loi, ne pouvant compter sur la rationalité de tous les esprits, et étant elle-même parfois irrationnelle, doit tirer sa force obligataire de l'enthousiasme des cœurs. Le tout n'assimile et n'organise les parties que s'il fait l'objet d'un culte. Il ne faut donc pas réduire la religiosité à la croyance en Dieu. Le grand mérite de Durkheim est de montrer que la religion est partout où des cérémonies et des idolâtries fortifient le sentiment d'appartenance au collectif. . Il existe d'innombrables messes et Eglises qui ne portent pas leur véritable nom, celui-ci étant réservé aux religions traditionnelles. « Ce qui essentiel, c'est que des individus soient réunis, que des sentiments communs soient ressentis et qu'ils s'expriment par des actes communs; mais quant à la nature particulière de ces sentiments et de ces actes, c'est chose relativement secondaire et contingente. » Si ce n'est pas Dieu qui fait l'objet de la foi, ce sera l'Etat, si ce n'est l'Etat, alors ce sera le Bonheur, le Progrès, l'Argent, et tout ce qui par son caractère socialement sacré, emprunte la majuscule de l'Adoré.

    CONCLUSION: LES TROIS FONCTIONS DE LA RELIGION (texte de Freud)

     D'après ce que nous avons dit précédemment, et comme le synthétise brillamment Freud dans ses Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse (1933), la religion remplit donc trois fonctions: « Par la première, elle satisfait le désir humain de savoir, elle fait la même chose que ce que la science tente par ses propres moyens, et entre ici en rivalité avec elle. C'est à sa deuxième fonction qu'elle doit sans doute la plus grande partie de son influence. Lorsqu'elle apaise l'angoisse des hommes devant les vicissitudes de la vie, lorsqu'elle les assure d'une bonne issue, lorsqu'elle leur dispense de la consolation dans le malheur, la science ne peut rivaliser avec elle. Celle-ci enseigne, il est vrai, comment on peut éviter certains dangers, combattre victorieusement bien des souffrances; il serait injuste de contester qu'elle soit pour les hommes une puissante auxiliaire, mais dans bien des situations, elle doit abandonner l'homme à sa souffrance et ne sait lui conseiller que la soumission. C'est dans sa troisième fonction, quand elle donne des préceptes, qu'elle édicte des interdits et des restrictions, que la religion s'éloigne le plus de la science. Car cette dernière se contente d'examiner et d'établir. De ses applications dérivent, il est vrai, des règles et des conseils pour le comportement. Il peut arriver que ce soient les mêmes que ceux que commandent la religion, mais pour d'autres raisons. »

     

     La première fonction désignée par Freud ne peut subsister face aux progrès de la science. La deuxième fonction a tendance à reculer dans les pays où le confort technique atteint un stade élevé. Cependant, aucun appareillage ne peut supprimer l'angoisse du désamour et de la mort, le manque existentiel, et non plus biologique, de sécurité. La médecine et les objets techniques ne peuvent remplacer la foi et l'espérance en l'immortalité de l'âme, non plus que se substituer à l'idée d'une puissance bienfaisante qui s'occupe de nous, qui prête une oreille" géante et attentive à nos lamentations, et qui donne un sens au cours des planètes. La troisième fonction n'est plus cognitive ou consolatrice mais morale. La religion fonde absolument les prescriptions sociales en leur assignant une origine non humaine, antéhistorique, et donc les met à l'abri du relativisme et du doute. De plus, la promesse d'un jugement post-mortem permet de récompenser l'obéissance et de châtier la faute par delà tous les manquements et les arrangements propres à la justice terrestre. C'est cette fonction qui pour Durkheim est la plus importante; les deux autres en dérivent. C'est la société qui, en prescrivant croyances et attitudes, instruit et console. C'est elle qui est à l'origine du monde tel que je le connais et auquel je dois m'adapter. Le point de convergence des trois fonctions dégagées par Freud est l'insertion sociale. C'est pourquoi le manque de religiosité provoque l'esseulement. La plus extrême solitude est peut-être le prix à payer pour celui qui n'a foi qu'en l'esprit critique. Ce véritable athéisme, pour qui rien n'est sacré, signifie-t-il la conquête par l'individu de son individualité et de sa liberté de penser ou conduit-il à une asocialité autodestructrice? Les deux, peut-être.


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